Info241 suspendu : Après RSF, le CPJ isole à son tour la HAC et réclame le retour en ligne du média censuré !
La suspension d’Info241 par la Haute autorité de la communication (HAC) provoque une mobilisation internationale croissante. Après Reporters sans frontières (RSF), le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) a réclamé, ce jeudi 13 août 2026, le rétablissement immédiat du média gabonais. L’organisation estime que cette fermeture prive le public d’une importante source d’information. Ce deuxième soutien international en quelques heures accentue la pression sur le régulateur gabonais.
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Dans son communiqué consacré à l’affaire Info241, le CPJ ne mâche pas ses mots. « Fermer un média vieux de 13 ans relève davantage de la censure que de la régulation », déclare Moussa Ngom, représentant de l’organisation pour l’Afrique francophone. Le responsable demande aux autorités gabonaises de « lever la suspension indéfinie d’Info241 » et d’autoriser la rédaction à reprendre son travail.
Une suspension prononcée « jusqu’à nouvel ordre »
La HAC a suspendu Info241 le lundi 10 août, à la suite d’un article publié la veille sur une vidéo de l’activiste gabonais Ange Landry Mbeng, alias « Lanlaire ». Dans cette intervention diffusée sur YouTube, l’intéressé formulait plusieurs accusations non établies visant le président Brice Clotaire Oligui Nguema et son entourage. Elles portaient notamment sur une utilisation supposée de fonds publics ainsi que sur des éléments relevant de la vie privée. Info241 avait rapporté l’existence de ces déclarations en les attribuant explicitement à leur auteur.
Pour justifier sa décision, la HAC a reproché au média d’avoir participé à la diffusion d’insinuations qu’elle considère comme malveillantes, injurieuses et dépourvues de preuves. Le régulateur s’est également appuyé sur les dispositions encadrant la diffusion et le partage de contenus illicites sur les plateformes numériques. Il a toutefois ordonné la suspension du média « jusqu’à nouvel ordre », sans préciser sa durée exacte. C’est précisément ce caractère indéfini que contestent désormais Info241, RSF et le CPJ.
Une procédure que le CPJ juge juridiquement contestable
Le directeur de publication d’Info241, Cédrin Mounziégou, soutient que rapporter des accusations circulant dans l’espace public ne revient ni à les adopter ni à les présenter comme des faits établis. Le média affirme avoir utilisé le conditionnel, rappelé l’absence de preuves publiques et évité de reproduire les propos les plus injurieux contenus dans la vidéo. Il assure également n’avoir reçu aucune notification préalable et n’avoir pas été invité à présenter ses observations avant l’annonce de la sanction. Ces éléments ont été repris par le CPJ dans son examen du dossier.
L’organisation internationale rappelle surtout que l’article 183 du Code gabonais de la communication encadre la durée des sanctions pouvant être prononcées contre un média. Pour une première infraction, une suspension ne pourrait excéder 30 jours, contre douze mois en cas de récidive et une interdiction définitive après plusieurs récidives. Cédrin Mounziégou a indiqué au CPJ qu’Info241 n’avait jamais été sanctionné au cours de ses treize années d’existence. La formule « jusqu’à nouvel ordre » apparaît donc, aux yeux du média, comme une mesure sans fondement temporel clairement défini.
La HAC n’a pas répondu au CPJ
Le Comité pour la protection des journalistes affirme avoir sollicité une réaction de la Haute Autorité de la communication. À la demande du porte-parole de l’institution, Jean-Claude Franck Mendome, l’organisation lui a transmis une demande écrite. Celle-ci était restée sans réponse au moment de la publication du communiqué. Ce silence laisse notamment sans explication les conditions dans lesquelles la HAC a instruit l’affaire et décidé d’une suspension immédiate.
Le CPJ replace également cette sanction dans un contexte plus large de restrictions numériques au Gabon. En février 2026, l’organisation avait déjà rejoint la coalition internationale #KeepItOn pour demander la levée des restrictions imposées à certains réseaux sociaux par les autorités gabonaises. La HAC justifiait alors ces mesures par la nécessité de lutter contre la diffusion de fausses informations. Pour les défenseurs de la liberté de la presse, l’accumulation de restrictions risque cependant d’installer un climat d’autocensure dans les rédactions.
Une mobilisation qui ne valide pas les accusations de Lanlaire
Le soutien du CPJ à Info241 ne constitue pas une validation des accusations formulées par Lanlaire contre le président de la République. L’enjeu soulevé par l’organisation concerne le droit d’un média à rapporter un fait d’actualité en l’attribuant à son auteur, en exprimant les réserves nécessaires et en respectant la présomption d’innocence. Il porte également sur le respect d’une procédure contradictoire avant toute sanction susceptible d’entraîner la fermeture d’un organe de presse. La distinction entre relayer une accusation et la reprendre à son compte se trouve ainsi au cœur de cette affaire.
Après RSF, qui avait déjà qualifié la suspension d’arbitraire et demandé son retrait immédiat, l’intervention du CPJ renforce donc l’isolement de la HAC sur la scène internationale. Deux importantes organisations de défense de la presse considèrent désormais que la sanction infligée à Info241 est disproportionnée et contraire aux exigences du pluralisme. Pour la Ve République gabonaise, l’affaire devient un test grandeur nature de son rapport à la critique, au débat public et à l’indépendance des médias. La balle est désormais dans le camp de la HAC, appelée à lever sa décision ou à expliquer publiquement pourquoi un média gabonais peut être fermé pour une durée indéterminée sans avoir été préalablement entendu.
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