Portrait

Azizet Fall N’diaye, une des premières sages-femmes de l’histoire du Gabon

Azizet Fall N’diaye, une des premières sages-femmes de l’histoire du Gabon
Azizet Fall N’diaye, une des premières sages-femmes de l’histoire du Gabon © 2020 D.R./Info241

Bien avant les « indépendances », les territoires français d’Afrique dont le Gabon possédaient déjà bon nombre de diplômés dans différents corps de métier. Au sein des professionnels de la santé, le métier de sage-femme est un pan important de l’existence humaine car il participe à donner la vie. Au Gabon, l’une des pionnières de ce secteur de santé est Catherine Azizet Fall N’diaye (1924-2013). Portrait.



C’est dans l’ancienne capitale de l’Afrique équatoriale Française (AEF), Brazzaville, que voit le jour un 6 mai 1924, Catherine Azizet Fall N’diaye non loin du lac Pool Malebo (encore appelé lac Ngobila ou lac Nkunda) anciennement appelé Stanley Pool. Sa mère était une gabonaise d’ethnie Mpongwè, son père quant à lui était citoyen français mais venait de la côte nord-ouest du Sénégal précisément de la commune de Saint-Louis.

Après avoir servi la France lors de la Première Grande Guerre, il fut envoyé au Congo-Belge pour y travailler. C’est là-bas qu’il rencontra la maman de Catherine. On peut comprendre aisément que Fall N’diaye, à consonnance sénégalaise, était le nom que lui avait attribué son père et Azizet, son nom Mpongwè.

 Parcours scolaire et vie de famille

Elle commence à fréquenter l’école dès l’âge de 6 ans en Guinée-Conakry, nouveau pays d’affectation de son père. Elle y fera ses études primaires et élémentaires. Revenue sur la terre des ancêtres de son géniteur, elle est mise en pension à Dakar à l’école catholique Saint-Joseph de Cluny. C’est au sein de cet établissement qu’elle décroche son Certificat d’études primaires en 1941.

Entre 1941 et 1943, elle poursuit ses études secondaires dans l’école de second degré de Guinée-Conakry. Après cela, elle est admise à la célèbre école de médecine de Dakar suite au succès qu’elle rencontre lors du concours d’entrée dans cet illustre « temple médical africain du savoir  ». Elle suit des cours de gynécologie et de néonatalogie pour être sage-femme. Elle finit par décrocher son diplôme de sage-femme africaine durant l’année 1946.

Dans le but de finaliser son parcours scolaire, elle fait des démarches auprès des autorités françaises sises à Dakar pour se voir octroyer la nationalité. Elle finit par l’avoir et s’envole en tant que citoyenne française pour la ville de Fort-Royal de la Martinique (aujourd’hui Fort-de-France). Elle obtient son diplôme d’Etat Sage-femme, nécessaire dans la pratique de cette activité professionnelle dont le niveau de formation requis est soit le « Diplôme d’Etat Sage-femme » ou le « Grade de Master maïeutique ».

Elle était l’épouse de Théophile Issembè, frère cadet de la première sage-femme gabonaise (Margueritte Issembè) qui n’exerça qu’au Congo. En 1950, le couple vit en France, le mari étant en stage à Paris. Elle décide alors de le rejoindre. En 1961, l’époux est affecté au Burkina Faso (anciennement appelé Haute-Volta). L’année suivante, ils rejoignent la Côte-d’Ivoire. En 1954, ils sont cette fois-ci envoyés au Niger et résideront dans les villes de Niamey, de Zinder, de Tilabéri et de Maradi. Catherine a eu deux enfants dans cette union : d’abord Louis Issembè né en 1951 au Burkina Faso et Victoire Issembè née elle, en 1952 en Côte-d’Ivoire.

 Carrière professionnelle et administrative

Après avoir obtenu son diplôme d’Etat Sage-femme dans l’Hexagone en 1949, Catherine Azizet Fall N’diaye rentre au Gabon pour mettre ses compétences au service de la terre natale de sa mère. Elle est envoyée à Mouila, chef-lieu de la province de la Ngounié, pour y exercer son métier d’accoucheuse. Elle y restera une année et retrouvera par la suite son mari, parti en France pour y passer un stage.

Entre 1951 et 1952, Catherine Azizet Fall N’diaye et son conjoint se retrouvent dans plusieurs pays (Haute-Volta, Côte d’Ivoire et Niger) et villes africaines (Dakar, Abidjan, Niamey, Maradi…) à cause des nombreuses affectations de sieur Issembè. Durant ces divers voyages, Catherine exerce dans plusieurs établissements de santé, possédant le niveau de formation requis et les qualifications nécessaires à la pratique du métier de maïeuticien.

Avec l’avènement de l’accession du Gabon à la souveraineté internationale, Catherine Azizet Fall N’diaye regagne le Gabon après près de 8 ans passés à l’étranger aux côtés de son époux. Une fois sur place, elle est de nouveau affectée comme en 1950 dans la ville de Mouila. Ensuite, elle exercera à Tchibanga jusqu’en 1961. Cette même année, elle fait son entrée à l’Ecole de santé de Libreville pour y dispenser des cours de médecine nécessaires à la formation des infirmières et des sages-femmes.

Afin de pratiquer la pédagogie et l’enseignement de ces disciplines de santé, elle part en stage au début de l’année 1961 en France à l’Ecole des cadres de Santé de Paris. Son stage terminé, elle met son savoir au profit des jeunes gabonaises pour composer l’ossature du système médical gabonais en formant les premières sages-femmes et infirmières qui travailleront à l’hôpital général de Libreville.

Au sein de l’administration, elle n’a occupé que les postes de directrice adjointe de l’Ecole nationale de santé, de directrice des Affaires sociales et de consul général de France. Le premier poste, elle y accède à son retour de Paris en 1961 par nomination du président Léon Mba. Elle le conjugue à son métier d’enseignante de santé. C’est le président Omar Bongo qui l’affecte comme directrice des Affaires sociales en 1971 et comme consul général en France entre 1977 et 1979.

Trois ans après cette dernière nomination, elle prend sa retraite. En 1982, dame Azizet est admise à faire valoir ses droits à la retraite après plus de 20 ans de bons et loyaux services rendus à la nation. Il faut souligner que Catherine Azizet Fall N’diaye a toujours préféré, et de loin, exercer son métier au sein des établissements de santé au lieu d’avoir un penchant pour les postes politiques et autres nominations car elle savait l’importance qui était la sienne dans un hôpital.

 Disparition et reconnaissance

Catherine Azizet Fall N’diaye tire sa révérence en 2013 à l’âge de 89 ans, à ne point douter avec la satisfaction du travail bien fait et de la mission accomplie. Elle qui a accompagné de nombreuses femmes gabonaises et d’autres pays d’Afrique avant, pendant et après leur accouchement. Catherine Azizet Fall N’diaye affichait son dédain pour l’Etat dont l’ingratitude et la dénégation, à l’endroit de ce qui l’ont bâti, étaient profondes et déchirantes.

La maternité « C » du Centre hospitalier universitaire de Libreville (CHUL) porte le nom de cette célèbre dame qui a ouvert la voie au Gabon, à la profession de sage-femme. Nommée « Maternité Azizet Fall N’diaye », elle n’est réservée qu’aux patientes privilégiées. Mais était-ce vraiment la volonté de l’éponyme de ce lieu de santé ? Elle qui s’est toujours montrée humble et altruiste à l’endroit des femmes en gestation, toutes couches sociales confondues.

Toute sa vie, Catherine Azizet Fall N’diaye l’a consacré au suivi des grossesses de ces patientes, à leur accouchement et aux suites de couche de ces dernières encore appelées parturientes.


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