L’invité de la rédaction

Ombindha Talheywa III : « Nous n’avons pas la prétention de vouloir bloquer notre pays »

Ombindha Talheywa III : « Nous n’avons pas la prétention de vouloir bloquer notre pays »
Ombindha Talheywa III : « Nous n’avons pas la prétention de vouloir bloquer notre pays » © 2020 D.R./Info241

La tension sociale n’est pas toujours à l’accalmie au sein des régies financières, près de quatre mois après le déclenchement de leur mouvement d’humeur. Pour en savoir plus, la rédaction d’Info241 a rencontré Sylvain Ombindha Talheywa III, secrétaire général du syndicat des agents en colère. Le syndicaliste revient sur le climat au sein de ces administrations publiques, le mutisme des autorités sur leurs conditions administratives et les conséquences de cette grève qui impacte trois ministères : le Budget et les Comptes publics, l’Economie et la Relance et celui des Hydrocarbures.



Info241 : Vous êtes, le secrétaire général et porte-parole de la Fecorefi, la Fédération des collecteurs des Impôts, des Douanes, des Hydrocarbures et du Trésor public.

 Le 21 octobre dernier, vous avez annoncé une grève d’avertissement de trois jours. Nous sommes au mois de novembre, cette grève se poursuit-elle ?

Sylvain Ombindha Talheywa III : Bonjour. Nous vous remercions pour l’intérêt que vous accordez au climat social dans les Régies financières. En effet, il vous souviendra que depuis le 13 juillet 2020, la Fecorefi qui rassemble les Douanes, les Impôts, les Hydrocarbures et le Trésor est rentré en grève générale illimitée le 21 octobre dernier. Il s’est agi pour nous, au regard du silence méprisant du ministre de l’Economie de la Relance Jean Marie Ogandaga, du ministre des Comptes publics Sosthène Ossoungou Ndibangoye et du ministre du Pétrole Vincent de Paul Massassa de donner un signal fort aux plus hautes autorités pour leur dire que les dérives qui se passent au niveau de l’administration ne peuvent perdurer.

C’est pourquoi nous avons posé des scellés au niveau de nos administrations. Ces trois jours de grève secs n’étaient qu’un avertissement. Au sortir de ces trois jours de grève sèche, c’est à dire sans service minimum, portail fermé, nous avons estimé donner une semaine au gouvernement pour pouvoir donner une réponse appropriée aux revendications des agents regroupés au sein de la Fecorefi.

Aujourd’hui, malheureusement, comme vous avez pu le constater depuis le 13 juillet 2020, les trois membres du gouvernement engagés dans ce dossier, n’ont nullement accordé la moindre attention aux revendications portées sur leur table aujourd’hui. Depuis le 27 août 2020, le ministre de l’Economie et de la Relance et celui du Budget et des Comptes publics se sont lancés dans une défiance de la première institution de la République en ne répondant pas, alors là pas du tout, à l’invitation du coordonnateur général des Affaires présidentielles qui invitait ces deux ministres engagés dans ces dossiers, à ouvrir un dialogue avec les partenaires sociaux. Afin de ramener l’accalmie dans un secteur très stratégique, hautement stratégique pour le chef de l’Etat son excellence Ali Bongo. Il a besoin des régies financières pour renflouer les caisses de l’Etat et mettre en œuvre sa politique sociale, économique et sa vision pour le pays. Malheureusement, nous sommes toujours en grève générale illimitée et ça jusqu’à la satisfaction totale de nos revendications.

 Trois mois après le dépôt du cahier des charges, aucune réponse favorable n’a été donnée à vos revendications. Quel climat règne actuellement au sein de cette boîte ?

Sylvain Ombindha Talheywa III  : Le 13 novembre prochain, nous ferons 4 mois de grève dans les Régies financières. Trouvez-vous normal que les mamelles de l’Etat soient dans une indifférence totale du ministre de l’Economie et de la Relance, du ministre du Budget et Comptes publics et celui des Hydrocarbures ? Nous sommes tentés de croire que nous ne posons pas réellement les problèmes liés aux préoccupations des plus hautes autorités. Aujourd’hui avec la pandémie du coronavirus, notre économie qui sortait à peine d’une crise économique très violente, a été touchée par les effets pervers de la pandémie dite du Covid-19.

Aussi, nous voudrons nous poser une simple question : aujourd’hui dans le Plan de relance de notre économie, il y a en terme économique, la résilience économique. Dans cette résilience économique, l’une des premières étapes est de rationaliser la dépense. S’il faut rationaliser la dépense, nous devons toucher à tout ce qui est superfétatoire et superflue dans nos enveloppes. Aujourd’hui nous posons la question : comment le gouvernement s’arrange-t-il à continuer à payer des doublons, des fantômes, des homonymies, des retraités, des cas de longue maladie, des personnes qui continuent à toucher trois à 4 fois la prime à différents endroits ?

Nous avons dit, nous Fecorefi, il est temps que le gouvernement puisse assainir ce fichier de paiement et qu’on paie la bonne enveloppe aux bons agents. Cela va de notre crédibilité. Cela va de la sérénité et de la pertinence de la dépense et de notre économie. Parce qu’un agent des Régies financières qui n’est pas payé, c’est un agent qui est fortement exposé à des comportements déviants. Et nous, Régies financières, nous combattons cela.

 Vos revendications ne sont toujours pas prises en compte jusqu’à ce jour. Que prévoyez-vous de faire pour être finalement entendu ?

Sylvain Ombindha Talheywa III : Pour être entendu, nous savons que nous le sommes. Mais la question est de savoir à qui profite le crime. Lorsque les partenaires sociaux vous disent qu’il y a dans les Régies financières des agents qui cumulent 5, 8 voir plus de 10 ans sans être intégrés dans Fonction publique et qui ne vivent que de la prime. Lorsque cette prime vient de manière capricieuse au lance pierre, comme c’est le cas depuis le mois d’août 2020, comment ces agents vont être optimaux pour les caisses de l’Etat.

Nous pensons simplement que les plus hautes autorités doivent être conscientes de l’enjeu de la précarité dans laquelle les agents sont astreints. Nous n’allons pas continuer de l’accepter aujourd’hui. Dans les Régies financières, nous disons trop c’est trop. S’ils ne nous ont pas écouté, s’ils ne nous ont pas entendu, nous allons procéder à d’autres méthodes pour qu’ils parviennent à nous comprendre et à nous écouter.

 Vous dites, monsieur le SG de la Fecorefi, que vous ne pouvez pas être ceux qui collectent et ceux qui meurent de faim. Qu’est-ce que cela signifie ?

Sylvain Ombindha Talheywa III : Effectivement nous ne pouvons pas être celui qui collecte et mourir de faim. Vous ne pouvez pas mentir à un chauffeur de taxi qui vous rapporte chaque jour, chaque fin de journée la recette convenue. Et qu’arrivé à la fin du mois, ne pas lui remettre son salaire. Ce n’est pas possible. La situation des Régies financières correspond typiquement à ce chauffeur de taxi qui rapporte chaque jour, jusqu’à la fin du mois, la recette convenue au propriétaire du taxi et qui entend de la part de son patron à la fin du mois, qu’il n’y a pas d’argent pour lui.

Comment pouvez-vous parvenir à convaincre votre chauffeur de taxi qui vous rapporte beaucoup d’argent à la fin du mois qu’il n’y a pas d’argent pour lui ? Voilà un peu la situation des agents des Régies financières. C’est celui qui vit dans l’eau mais qui est condamné à mourir de soif. C’est celui qui apporte de l’argent dans les caisses de l’État mais qui ne peut se nourrir convenablement. Aujourd’hui, nous avons des collègues qui se sont fait expulser de leur maison. Nous avons des collègues qui n’ont pas pu inscrire leurs enfants.

Lorsqu’ils paient au-delà du 25 octobre, pour les agents qui vivent que de la prime et même pour les agents qui sont déjà fonctionnaires, cet argent est complètement amorti par la dette, par amortissement bancaire. Lorsque vous prenez un crédit à la banque et la période arrive, ils n’ont rien à faire de ce que vous n’ayez pas à assumer votre engagement. Lorsque votre prime passe après la date de charge de l’amortissement, la banque récupère.

Depuis le 20 septembre 2020, nous avons cumulé deux mois d’amortissement de crédit bancaire dans toutes les banques aussi bien BICIG, BGFI, UGB, UBA. Si bien que l’agent public des Régies financières lorsqu’il est payé depuis le 25 octobre, n’a plus rien avoir entre les mains. Vous voyez que cet agent du ministère des Finances vit dans la plus haute précarité, dans une démoralisation totale, une démobilisation et démotivation qui est inquiétante pour l’optimisation des recettes fiscales.

 Autant de grèves en pleine crise sanitaire. N’est-ce pas délicat, quand on sait que le gouvernement mène déjà une bataille contre la pandémie coronavirus ?

Sylvain Ombindha Talheywa III  : Ne prenons pas la pandémie du coronavirus pour prétexte à tout et à ne rien faire. La pandémie de coronavirus nous a démontré clairement des insuffisances managériales, des insuffisances de gestion dans tous les secteurs. Aujourd’hui plus que jamais l’impact pervers de la Covid-19 sur notre économie, interpelle les plus hautes autorités. Ceux qui doivent jouer le contrepoids économique et financier dans le pays ne sont que les Régies financières.

Comment pouvez-vous parvenir à un équilibre économique, à une optimisation des recettes fiscales, de nos ressources propres, dans la mesure ou vous-même gouvernement, vous les démobilisez, vous les envoyez dans la rue, vous les démotivez. Nous ne pouvons pas continuer comme ça. Nous devons revoir notre modèle économique, revoir notre modèle de gestion des Régies financières. Les Régies financières assurent l’équilibre économique et financière de notre pays.

 Que revendiquez-vous concrètement ?

Nos revendications sont claires. Nous avons en premier point, la régularisation des situations administratives. Certains membres du gouvernement, certains membres de la haute sphère tant politique qu’administrative de notre pays tentent d’introduire les leurs. Nous disons qui peut le moins, peut le plus. Il n’est plus question pour l’agent des Régies financières d’accepter d’être l’accompagnateur de ceux-là, des puissants, et d’attendre 5, 6, 8 voire plus de 10 ans sans être intégré dans la Fonction publique.

Ce qui revient à dire que vous êtes simplement utilisé. L’administration vous utilise et pourtant vous devez rendre le denier centime pour lequel vous avez sacrifié votre force de travail. Vous savez aujourd’hui à la Solde, je ne vous apprends rien, que les histoires de services rendus, reconnaissances et tout ça là, dans l’administration cela n’existe plus. Vous avez passé 10 ans sans être intégré, le jour où vous avez la chance d’avoir une signature qui vous intègre, les 10 ans sont dans l’eau.

Deuxième point de revendication, la publication des audits réalisés dans les Régies financières en 2018 qui ont démontré que l’Etat payait plus qu’il n’en fallait dans le secteur des primes. L’Etat payait des doublons des homonymies, des fantômes. Aujourd’hui, je vous mets au défi de prendre les effectifs de l’audit de 2018. Vous trouverez que les effectifs en 2020 ont fortement augmenté. Cela veut tout simplement dire que le gouvernement a outrepassé la signature du président de la République qui gelait les situations administratives des recrutements dans l’administration publique. C’est pourquoi, nous leur demandons de publier ces résultats pour faire la démonstration que les effectifs de 2020 ne correspondent plus aux effectifs de 2018.

En 3ème et dernier point, nous revendiquons des assises tripartites Présidence de la République - gouvernement - partenaires sociaux. Pourquoi ? Parce que nous avons l’impression que le gouvernement, notamment les ministres engagés dans ce dossier, partent raconter tout et n’importe quoi sur les partenaires sociaux afin d’éviter que la première institution du pays soit au fait des résultats des audits 2018, de la réalité de ce qui s’y passe. Depuis mai 2018 et sur ces questions, nous ne transigerons jamais. La Fecorefi ne reviendra jamais sur ces points. Nous irons jusqu’au bout de ces revendications.

 Parlez-nous des conséquences de cette grève ?

Sylvain Ombindha Talheywa III : Les conséquences de cette grève sur les recettes propres de notre pays le Gabon sont désastreuses. Nous pouvons dire que les pertes sont sèches, abyssales, au point de compromettre depuis deux mois la solde de tous les fonctionnaires gabonais. Nous n’avons pas la prétention de vouloir bloquer notre pays. Nous voulons dire simplement à la communauté nationale et internationale qu’il n’est plus question pour l’agent des Régies financières de servir de faire valoir au profit des puissants qui peuvent utiliser notre force de travail et les résultats qui en découlent comme s’il n’en était rien.

Les conséquences désastreuses, nous les vivons la mort dans l’âme car il y a des efforts louables et courageux du président de la République de faire sortir notre économie de la crise économique mondiale due à la pandémie du Covid-19. Le président de la République a pris des décisions courageuses pour faire avancer notre économie. Ces décisions courageuses sont aujourd’hui et plus que jamais annihilées par la volonté du gouvernement de ne pas répondre aux revendications légitimes des agents des Régies financières qui n’ont que trop souffert du mépris de ces membres. Nous disons non ! C’est un point d’intransigeance.


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