Gabon : La Centrale d’achats toujours sans siège, n’a pas démarré sa guerre contre la vie chère
Alors que les autorités annoncent janvier comme le point de départ des « effets concrets » contre la vie chère, la Centrale d’achats du Gabon (CEAG) n’a toujours pas véritablement pris son envol. Ce 7 janvier, une séance de travail présidée par le vice-président du gouvernement, Hermann Immongault, avec les ministres en charge de l’Économie et du Budget, met en lumière un constat embarrassant : l’outil censé peser sur les prix n’est pas opérationnel. Au cœur des échanges, l’« opérationnalisation » de la CEAG, présentée comme un levier prioritaire des 100 premiers jours. Mais sur le terrain, le démarrage se heurte à des blocages basiques, à commencer par l’absence de siège.
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La question du siège social, loin d’être un détail logistique, retarde l’activation de l’ensemble de la chaîne administrative et financière. Selon les éléments discutés lors de cette réunion, la lente régularisation des documents administratifs freine le lancement effectif et, par ricochet, l’application des mesures annoncées. Le contraste est d’autant plus frappant que la présidence a, dans le même temps, multiplié les signaux publics sur l’urgence de la vie chère. Résultat : une promesse d’action immédiate se transforme en séquence d’attente, au risque d’alimenter la défiance.
Un outil stratégique encore sans fondations
Sur le papier, la CEAG est pensée comme une structure de réponse rapide à la flambée des prix et aux pénuries, via des achats groupés et une meilleure maîtrise des circuits d’approvisionnement. Sa mission implicite est claire : négocier des coûts plus bas sur des produits essentiels, sécuriser les stocks, réduire les effets de spéculation et améliorer la disponibilité sur le marché. Dans son discours de vœux, le président Brice Clotaire Oligui Nguema a d’ailleurs présenté l’« opérationnalisation prochaine » de la Centrale d’achat comme un jalon de la riposte économique. Encore faut-il que l’instrument existe, fonctionne, et dispose des moyens de ses ambitions.
Or, même la gouvernance du projet reste, à ce stade, plus visible que les résultats. Les autorités ont nommé Théophile Boutamba directeur général le 5 décembre dernier, avec l’idée de basculer rapidement de l’annonce à l’exécution. Mais l’absence de siège, les lenteurs administratives et l’empilement de prérequis montrent une architecture encore incomplète : sans implantation, pas de procédures stabilisées ; sans procédures, pas de commande ; sans commandes, pas d’impact sur les prix. Autrement dit, la « guerre contre la vie chère » reste, pour l’instant, au stade du cadrage.
Pression politique, attentes sociales
Cette inertie intervient dans un contexte où la vie chère est devenue un marqueur politique central du début de la Ve République. L’exécutif a déjà assumé des mesures impopulaires pour accroître ses recettes, tout en promettant en parallèle un amortisseur social sur les biens essentiels. La CEAG est précisément attendue comme l’outil de preuve : celui qui doit matérialiser, dans les marchés et les boutiques, la promesse d’un changement de méthode. À ce stade, le retard à l’allumage fragilise l’argumentaire gouvernemental, car il laisse les ménages seuls face à la hausse des prix.
La réunion de ce 7 janvier sonne donc comme un rappel à l’ordre interne : il ne suffit pas d’inscrire la CEAG dans un plan des 100 jours, encore faut-il la rendre opérante. Sans calendrier public, sans siège identifié et sans mécanisme de déploiement lisible, la Centrale d’achat risque de devenir un symbole de plus : beaucoup d’attente, peu d’effet immédiat. Pour un gouvernement qui a fixé janvier comme le mois des « résultats », l’urgence est désormais de transformer l’outil annoncé en dispositif tangible. Faute de quoi, l’écart entre la communication et le quotidien des consommateurs continuera de se creuser.
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