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Le Gabon dégaine un audit de son unique voie ferrée 15 ans plus tard, un mastodonte pesant 50% du PIB

Le Gabon dégaine un audit de son unique voie ferrée 15 ans plus tard, un mastodonte pesant 50% du PIB
Le Gabon dégaine un audit de son unique voie ferrée 15 ans plus tard, un mastodonte pesant 50% du PIB © 2026 D.R./Info241

C’est une opération vérité d’une envergure inédite qui se joue actuellement dans les coulisses du secteur ferroviaire gabonais, sous la supervision rigoureuse de l’Autorité de régulation des transports ferroviaires (ARTF). Ce mardi 10 février, l’instance de régulation a officiellement réceptionné le rapport d’étape de l’audit quinquennal du Transgabonais, une évaluation critique confiée au cabinet international H2C Gabon.

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Couvrant une période exceptionnellement longue allant de 2012 à 2025, cet audit ne se contente pas d’aligner des colonnes de chiffres ; il vise à radiographier l’état de santé réel de l’unique voie ferrée du pays, en proie ces dernières années à des incidents récurrents et à des défis logistiques majeurs. Pour l’État, propriétaire de l’infrastructure concédée à la SETRAG (filiale du groupe Eramet), l’objectif est clair : sortir de l’opacité pour garantir la pérennité d’un outil de souveraineté économique.

Un enjeu économique national majeur

L’enjeu de cet exercice dépasse de très loin la simple routine administrative, car le chemin de fer au Gabon n’est pas un simple mode de transport, c’est le poumon économique de la nation. Lors de la présentation, Landry Nzengui, directeur technique et sécurité ferroviaire de l’ARTF, a rappelé avec gravité que cette infrastructure supporte à elle seule près de 50 % du Produit intérieur brut (PIB) national, drainant les millions de tonnes de manganèse et de bois qui font la richesse du pays à l’exportation.

Une vue de la réunion de ce mardi

Adrien Moukabi, secrétaire exécutif de l’ARTF, a abondé dans ce sens en qualifiant le Transgabonais d’« épine dorsale de notre économie  », soulignant qu’il est impératif pour l’État de savoir précisément comment son patrimoine est géré par le concessionnaire. Cette démarche d’audit régalien vise donc à établir un état des lieux exhaustif et incontestable pour orienter les futures décisions stratégiques en matière d’investissements et de maintenance.

Quinze ans sans audit approfondi

Ce point d’étape a également été l’occasion de lever le voile sur une anomalie administrative préoccupante : l’absence de contrôle approfondi durant une décennie et demie. Hugues de Courrèges d’Ustou, représentant du cabinet H2C Gabon, a révélé qu’il n’y avait « pas eu d’audit depuis 15 ans  », une carence qui explique peut-être la multiplication des déraillements et la dégradation de la voie observées ces dernières années.

Face à l’ampleur de la tâche qui consiste à rattraper ce retard d’évaluation sur la période 2012-2025, les auditeurs ont salué la « collaboration active  » de toutes les parties prenantes, notamment la transparence affichée par la SETRAG. Si les volets juridiques, financiers et comptables avancent à un rythme satisfaisant, la partie technique accuse un léger retard logistique dû à l’indisponibilité temporaire de certains matériels de pointe nécessaires au contrôle physique de la voie ferrée.

Trois mois décisifs pour l’avenir de la concession

Les conclusions définitives de cet audit historique sont attendues dans un délai de trois mois et s’annoncent déjà comme un tournant décisif pour l’avenir de la concession. Le régulateur a d’ores et déjà prévenu, par la voix de son secrétaire exécutif, que les recommandations issues du rapport final devront être « rigoureusement appliquées et méthodologiquement inattaquables », ne laissant aucune place à l’interprétation ou à la négociation de complaisance.

Ce rapport servira de boussole au gouvernement gabonais pour redéfinir, si nécessaire, les termes de son partenariat avec le groupe Eramet et exiger les mises à niveau indispensables à la sécurité des usagers et à la fluidité du fret minier. Entre impératifs de sécurité, enjeux financiers colossaux et souveraineté logistique, le compte à rebours est lancé pour la modernisation forcée du Transgabonais

@info241.com
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