Doctorat d’Eddy Minang : quand le « signalement » des 4 avocats des Bongo expose leurs risibles lacunes
Aussi spectaculaire que maladroit, le « signalement » adressé le 23 février par les quatre avocats français de la famille Bongo — Pierre-Olivier Sur, François Zimeray, Clara Gérard-Rodriguez et Catalina de la Sota — visait à fragiliser le procureur général près la Cour d’appel judiciaire de Libreville, Eddy Narcisse Minang. En cause : son doctorat en droit obtenu à l’université Panthéon-Assas. Mais à la lecture attentive du courrier, une évidence s’impose : l’offensive révèle surtout de troublantes lacunes dans la compréhension des mécanismes universitaires.
-
Dans leur requête envoyée en masse à ces 6 personnalités, les conseils de Sylvia et Noureddin Bongo Ondimba présentent le magistrat comme l’ « ordonnateur » d’un « simulacre de procès » et d’une « cruelle parodie de justice » . Ils évoquent « enlèvement » , « séquestration » , « tortures et actes de barbarie » , puis un « procès inique » . Le ton est grave, presque théâtral. Mais il ne répond pas à la question centrale : quel lien juridique existe-t-il entre ces accusations et la validité d’un doctorat soutenu en juillet 2023 ?
Une attaque sans fondement académique
Le cœur du « signalement » repose sur cette affirmation : le procureur aurait « déshonoré son grade universitaire » . La formule frappe, mais elle ne démontre rien. Car un doctorat est un grade académique qui sanctionne un travail de recherche, pas une carrière professionnelle future.
| Lacune exposée | Ce que les avocats semblent croire | Ce que dit le cadre réel (universitaire et juridique) | Pourquoi c’est gênant dans leur « signalement » |
|---|---|---|---|
| Confusion sur l’objet du litige | Qu’un doctorat peut être attaqué parce que son titulaire a une conduite contestée comme procureur | Un doctorat se remet en cause pour fraude ou irrégularité académique (plagiat, falsification, vice de procédure), pas pour des actes professionnels ultérieurs. | Ils visent l’homme, pas la thèse : l’attaque n’a pas de base académique. |
| Absence de grief scientifique | Que l’indignation suffit à déclencher une remise en cause du diplôme | Sans allégation précise (plagiat, fraude, manipulation), il n’y a rien à instruire sur l’intégrité de la thèse. | Leur courrier ne contient ni preuve ni analyse du travail doctoral. |
| Instrumentalisation de l’intégrité scientifique | Que le serment des docteurs permet de sanctionner une « indignité » hors recherche | L’intégrité scientifique concerne la production du savoir (méthodes, résultats, citations), pas une police morale des carrières publiques. | Ils détournent un outil académique pour un conflit politico-judiciaire. |
| Erreur sur la compétence du ministre | Que le ministre peut « faire tomber » un doctorat sur simple signalement | Le doctorat est délivré par une université autonome ; un retrait ne peut viser que la régularité d’obtention, via des procédures encadrées. | La saisine apparaît surtout symbolique, donc juridiquement inopérante. |
| Confusion sur le rôle du jury et du directeur | Que le directeur de thèse et le président du jury restent responsables du docteur | Leur rôle est circonscrit à l’évaluation lors de la soutenance ; ils ne sont ni superviseurs ni garants à vie. | Ils enrôlent des universitaires comme « cautions » d’une querelle extérieure à l’université. |
| Glissement de registre : justice vers université | Qu’une contestation de procès peut être « traitée » dans l’arène académique | Les irrégularités d’un procès se plaident devant les juridictions compétentes (recours internes et internationaux), pas via une procédure universitaire. | Ils déplacent le débat pour produire un effet d’opinion, pas un effet de droit. |
| Confusion doctorat universitaire et label moral | Que le titre de docteur est un label d’exemplarité révocable | Le doctorat est un grade attestant d’un travail scientifique ; ce n’est pas une distinction honorifique que l’on retire pour « déshonneur ». | La formule « déshonoré son grade » relève de la rhétorique plus que du droit. |
| Défaut de proportionnalité procédurale | Qu’une simple lettre peut suffire à enclencher des « suites » graves | Toute procédure sérieuse exige des faits précis, une instruction contradictoire et une compétence clairement établie. | Ils demandent des « suites » sans mécanisme clair ni fondement opérant. |
Or le courrier ne contient aucune accusation de plagiat, aucune allégation de fraude scientifique, aucune remise en cause de la méthodologie ou de la soutenance de la thèse intitulée « Le crime rituel en droit pénal gabonais » . Autrement dit : on attaque le titulaire du diplôme, pas le diplôme lui-même. Sur le plan universitaire, c’est un vide juridique.
L’intégrité scientifique utilisée hors contexte
Pour donner une apparence de solidité à leur démarche, les avocats invoquent l’arrêté du 26 août 2022 relatif au serment des docteurs et rappellent l’obligation de « maintenir une conduite intègre » . Ils citent également le « caractère universel de l’intégrité scientifique » et parlent de l’ « unicité du doctorat » .
Les 4 précieux avocats
Mais l’intégrité scientifique vise les manquements dans la production du savoir : plagiat, manipulation de données, falsification. Elle ne constitue pas une juridiction morale chargée d’évaluer, a posteriori, les décisions judiciaires d’un magistrat. Assimiler une controverse pénale à une faute scientifique relève d’un glissement conceptuel pour le moins embarrassant.
Une méprise sur les compétences du ministre
Autre faiblesse manifeste : la saisine du ministre français de l’enseignement supérieur. Les avocats demandent aux autorités de « donner à cette situation les suites que sa gravité appelle » . Or en France, les universités sont autonomes. Un doctorat est délivré par un établissement, sur décision d’un jury souverain. Ce n’est pas un titre honorifique.
Le courrier adressé aux 6 destinataires
Le retrait d’un grade universitaire ne peut intervenir qu’en cas de fraude dans son obtention. Rien, dans ce « signalement » qui du reste est totalement bancale, ne suggère une telle irrégularité. Le ministre fut-il de l’Enseignement supérieur ne dispose pas d’un pouvoir discrétionnaire pour annuler un diplôme au motif qu’un magistrat serait contesté politiquement. La démarche paraît donc symbolique, sinon juridiquement inopérante.
Jury et directeur de thèse : des responsabilités limitées
Le courrier vise également le directeur et le président du jury de thèse, comme si ces derniers avaient une responsabilité durable sur la conduite professionnelle du docteur qu’ils ont accompagné. Or leur rôle est strictement académique et circonscrit dans le temps : ils évaluent un travail scientifique qui s’arrête au moment de la soutenance.
Une fois le diplôme délivré et les vérifications d’usage des universités contre la fraude et le plagiat effectués, leur mission s’achève. Les impliquer dans une controverse politico-judiciaire revient à méconnaître le fonctionnement même de l’institution universitaire. Là encore, la confusion des registres est manifeste chez nos quatre avocats-vengeurs.
Une stratégie plus médiatique que juridique
En clair, le « signalement » ressemble davantage à une opération de communication qu’à une initiative juridiquement structurée. La rhétorique employée — « procès inique » , « caricature pouvant déshonorer la Justice » , « actes de barbarie » — vise à produire un effet d’opinion plus qu’à ouvrir une procédure académique crédible.
Faute d’arguments sur la thèse elle-même, les avocats semblent avoir choisi d’attaquer le symbole du doctorat pour fragiliser l’image du procureur. Mais en confondant contentieux judiciaire et validité universitaire, ils exposent surtout des lacunes gênantes dans leur compréhension des règles académiques.
Au final, sans fraude scientifique démontrée, sans irrégularité de soutenance établie, la contestation du doctorat d’Eddy Narcisse Minang est un pétard mal mouillé. Le « signalement » fait du bruit. Il ne fait pas droit. A moins qu’il serve uniquement à justifier les sommes que leur verse leurs clients qui eux ont été condamnés par la justice gabonaise sans que leurs précieux avocats n’assurent leur défense. Ils ont en novembre dernier, déserté volontairement le palais de justice de Libreville pour squatter la presse et une opinion qui n’est aucunement de leur coté.
@info241.com
-


