Libreville, le mercredi 3 juin 2026
13e ANNÉE
Info241.com
Le média qui démocratise l’actualité gabonaise et africaine
--°C

Suspension des réseaux sociaux
au Gabon

0 jours
00 heures
00 minutes
00 secondes

Depuis la décision
de la HAC

Replique

Gabon : Ali Bongo clash Oligui par procuration et rallume la guerre des vérités autour de sa chute

Gabon : Ali Bongo clash Oligui par procuration et rallume la guerre des vérités autour de sa chute
Gabon : Ali Bongo clash Oligui par procuration et rallume la guerre des vérités autour de sa chute © 2026 D.R./Info241

La passe d’armes se joue à distance, mais les coups sont directs. Moins de vingt-quatre heures après l’interview de Brice Clotaire Oligui Nguema sur France 24, Ali Bongo Ondimba a fait publier, depuis Paris, une riposte signée par Ali Akbar Onanga Y’Obegué, secrétaire général du Parti démocratique gabonais (PDG), présenté comme son mandataire et porte-parole. Une réponse sèche, presque chirurgicale, qui vise à démonter point par point le récit du président gabonais sur France 24. Mais en choisissant de parler par la voix d’un autre, l’ancien chef de l’État nourrit aussi la question qu’Oligui Nguema a lui-même remise au centre du débat : Ali Bongo parle-t-il encore vraiment de lui-même ?

Info241

-

Face à Marc Perelman, Oligui Nguema avait tenté de neutraliser le sujet Ali Bongo avec une formule apaisante : « Je n’ai pas de problème avec Ali Bongo Ondimba ». Il avait même présenté l’ancien président comme libre de revenir au Gabon, détenteur d’un passeport diplomatique et considéré comme un ancien chef d’État. Mais il avait aussitôt glissé le poison politique de l’entretien : selon lui, les cinq dernières années du Gabon n’auraient pas été dirigées par Ali Bongo, affaibli par son AVC, mais par « sa femme et son fils ». Autrement dit : Ali Bongo aurait été président en titre, mais plus réellement maître du pouvoir.

Ali Bongo mord là où Oligui pensait esquiver

La réponse ne s’est pas fait attendre. Dans le communiqué rendu public ce 3 juin, Ali Bongo attaque dès la première ligne : « Monsieur Oligui affirme n’avoir aucun problème avec moi. C’est faux, et il sait ». Le ton est donné. L’ancien président refuse la main tendue, ou du moins la main posée sur l’épaule avant le coup de griffe. Pour lui, Oligui Nguema ne peut pas prétendre n’avoir aucun contentieux avec lui tout en contestant publiquement les accusations de torture portées par son épouse et son fils.

La replique d’Ali Bongo

Le texte est plus qu’une protestation : c’est une mise en accusation politique. « On n’a pas “aucun problème” avec un homme dont on nie publiquement la torture infligée à l’épouse et au fils, tout en refusant la seule chose qu’un innocent réclamerait : une enquête indépendante », lance Ali Bongo par la voix de son porte-parole. À Oligui Nguema, qui disait sur France 24 n’avoir vu « aucune preuve de torture », le camp Bongo répond que les preuves existent, qu’elles sont documentées et qu’elles auraient déjà été transmises aux autorités françaises et aux instances des Nations unies.

Le boomerang de la Garde républicaine

Ali Bongo ne se contente pas de défendre Sylvia Bongo et Noureddin Bongo Valentin. Il frappe surtout là où le récit d’Oligui Nguema est le plus délicat : son ascension dans l’appareil sécuritaire de l’ancien régime. Si Ali Bongo était réellement absent, incapable et privé de volonté, demande en substance l’ancien président, qui a nommé Oligui ? Qui l’a promu ? Qui l’a installé à la tête de la Garde républicaine ?

La formule la plus mordante du communiqué tient en une ligne : « Il ne peut pas, dans la même phrase, me déclarer absent et se déclarer légitime. Qu’il choisisse son mensonge ». Le pic est redoutable, car il renvoie Oligui Nguema à sa propre trajectoire. L’actuel président s’est construit dans le cœur du système qu’il accuse aujourd’hui d’avoir été confisqué. En clair : si Ali Bongo n’était plus aux commandes, alors l’ascension militaire d’Oligui Nguema perd une partie de son vernis institutionnel ; s’il l’était encore, alors le récit d’un président absent s’effrite.

Une riposte qui parle fort, mais pas de sa propre voix

Reste le paradoxe central de cette contre-offensive. Ali Bongo veut prouver qu’il n’a jamais été un président fantôme, mais il le fait par communiqué interposé, signé et rendu public par son mandataire. Ce choix est politiquement compréhensible, mais symboliquement risqué. Alors qu’Oligui Nguema l’accuse d’avoir été effacé du pouvoir pendant cinq ans, l’ancien président répond sans apparaître, sans parler directement aux Gabonais, sans regarder une caméra, sans démentir de vive voix.

Cette absence donne une arme facile à ses adversaires. Le camp Bongo veut montrer que l’ancien chef de l’État garde la main. Mais la scène montre surtout un homme qui fait parler un autre pour répondre à celui qui l’accuse justement de ne plus avoir parlé ni gouverné par lui-même. Dans cette guerre des images, le fond du communiqué cogne fort, mais sa forme laisse une brèche béante.

Le PDG, champ de bataille derrière le communiqué

Le choix d’Ali Akbar Onanga Y’Obegué n’est pas innocent. Il intervient dans un PDG toujours travaillé par ses fractures internes, ses fidélités concurrentes et ses batailles d’appareil, notamment autour de Blaise Louembé. En se présentant comme mandataire et porte-parole d’Ali Bongo, l’ancien ministre tente de réaffirmer une ligne : l’ancien président demeure une référence, un centre de gravité, peut-être même un chef symbolique.

Mais cette déclaration ressemble aussi à une opération de reconquête interne. Elle ne parle pas seulement à Oligui Nguema. Elle parle aux cadres du PDG, aux nostalgiques de l’ancien pouvoir, aux hésitants et à ceux qui se demandent encore où se situe l’autorité réelle dans une maison politique décapitée par le coup d’État du 30 août 2023. En ripostant à France 24, Ali Bongo tente aussi de reprendre la parole dans son propre camp.

Le coup moral contre « l’homme qui craint Dieu »

La fin du communiqué est la plus venimeuse. Oligui Nguema s’était présenté sur France 24 comme un homme respectueux des lois parce qu’il craint Dieu. Ali Bongo lui renvoie la formule au visage : « Enfin, il dit craindre Dieu. Mais même là, il ment. Ce n’est pas un homme qui craint Dieu. C’est un homme qui craint la vérité ». Le tir est précis. Il ne vise plus seulement l’action politique du président, mais son image personnelle, sa posture morale, son récit spirituel.

Cette phrase est taillée pour circuler. Elle attaque le cœur de la communication d’Oligui Nguema, souvent construite autour de la foi, de la droiture, du redressement et de la responsabilité historique. Le camp Bongo cherche à faire sauter cette armure symbolique en remplaçant l’image du président croyant par celle d’un homme qui fuirait les preuves, les contradictions et le passé.

Deux hommes, deux récits, une vérité introuvable

Au fond, cette séquence installe deux versions irréconciliables de l’histoire récente du Gabon. Dans le récit d’Oligui Nguema, Ali Bongo est un ancien chef de l’État diminué, respecté comme statut, mais politiquement dépossédé par son entourage familial. Le coup d’État devient alors une rupture de salubrité politique, presque une correction de l’histoire. Dans le récit d’Ali Bongo, Oligui Nguema est au contraire un pur produit du système qu’il prétend aujourd’hui liquider, un homme promu par le pouvoir qu’il accuse et qui ne peut pas effacer ses propres galons d’un revers de phrase.

La réplique du 3 juin ne clôt donc rien. Elle ouvre une nouvelle bataille : celle de la mémoire du second mandat d’Ali Bongo, de la légitimité du 30 août, des accusations de torture, du rôle de Sylvia et Noureddin, mais aussi de la place réelle de l’ancien président dans le PDG. Oligui Nguema a parlé sur France 24 depuis la Cité de la démocratie ; Ali Bongo a répondu depuis Paris, par la plume d’un fidèle. Au Gabon, la guerre des vérités continue. Et pour l’instant, chacun accuse l’autre de mentir, mais aucun des deux ne parle depuis le même théâtre.

Réagir

Ajoutez votre commentaire

Partagez une réaction, une information complémentaire ou un point de vue argumenté.

Commentaires 0

Plus récents

Aucun commentaire pour le moment.

Lancez la conversation avec un retour utile, une précision ou une réaction argumentée.


-

Newsletter d'Info241

Abonnez-vous maintenant à notre newsletter pour recevoir chaque matin une analyse de l'actualité que vous ne trouverez nulle part ailleurs !