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Suspension des réseaux sociaux
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de la HAC

Entretien

Gabon : Oligui Nguema promet le retour des réseaux sociaux et défend son pari de « souveraineté économique »

Gabon : Oligui Nguema promet le retour des réseaux sociaux et défend son pari de « souveraineté économique »
Gabon : Oligui Nguema promet le retour des réseaux sociaux et défend son pari de « souveraineté économique » © 2026 D.R./Info241

Depuis les salons rénovés du palais des congrès de la Cité de la démocratie, à Libreville, Brice Clotaire Oligui Nguema a choisi France 24 pour dérouler, ce mardi, les grands axes de son récit présidentiel. Face à Marc Perelman, le chef de l’État gabonais a défendu son bilan, promis des avancées sur l’électricité, annoncé un accord avec le FMI « vers la fin de l’année », confirmé sa visite d’État en France autour du 20 juillet et assuré que les réseaux sociaux seraient rouverts après le passage du texte au Parlement. Une interview dense, parfois piquante, où il a aussi renvoyé les affaires judiciaires à l’indépendance des juges, récusé les accusations de torture de Sylvia Bongo et juré qu’il n’y aurait pas de « dynastie oliguique ».

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Un bilan défendu sur sept ans, pas sur un an

Interrogé sur ses promesses un an après son élection avec plus de 94 % des suffrages, Brice Clotaire Oligui Nguema a refusé le piège du bilan immédiat. « Un an après mon mandat, je ne dirais pas que tout a été fait, parce que mon mandat, c’est sur sept ans et mon projet de société repose sur sept ans », a-t-il posé d’entrée. Le message est clair : le président demande à être jugé sur la durée, pas sur l’impatience d’une première année de mandat.

Récapitulatif de l’interview d’Oligui Nguema sur France 24

Ce qu’a dit Oligui Nguema Citation forte Enjeu politique
Bilan après un an Le président refuse d’être jugé sur une seule année et renvoie l’évaluation de ses promesses à la durée complète de son mandat de sept ans. « Mon mandat, c’est sur sept ans et mon projet de société repose sur sept ans. » Installer l’idée d’un bilan à moyen terme, malgré l’impatience sociale.
Eau et électricité Il reconnaît la détresse des Gabonais et annonce plus de 800 milliards de FCFA investis dans des centrales thermiques. « J’ai ce problème à cœur et je n’oublie pas cette détresse des Gabonais. » Répondre à l’une des critiques les plus sensibles du quotidien des populations.
Livraison des centrales Des centrales devraient être livrées d’ici juillet 2027, avec la promesse d’une amélioration de l’approvisionnement électrique. « D’ici le mois de juillet 2027, il y a quelques centrales qui vont être livrées. » Donner un calendrier concret sur l’électricité.
Accord avec le FMI Le chef de l’État confirme qu’un accord sera signé, mais plutôt vers la fin de l’année, après audit de la dette. « Il y aura un accord avec le FMI. » Rassurer les partenaires financiers tout en justifiant le retard des négociations.
Dette publique Il affirme avoir demandé un audit face aux chiffres contradictoires sur l’endettement du pays. « Je veux la réalité pour savoir ce que moi je signe. » Montrer une volonté de clarification avant tout engagement financier.
Croissance économique Face aux prévisions prudentes de la BAD, il minimise l’importance des chiffres et assure que l’économie se porte bien. « Les chiffres ne nourrissent que ceux qui vivent avec les chiffres. » Contester le pessimisme des indicateurs macroéconomiques.
Souveraineté économique Il défend le rachat d’Asala et la reprise en main des secteurs stratégiques, notamment le pétrole et le manganèse. « La souveraineté économique pour nous, c’est un challenge. » Affirmer une doctrine économique fondée sur la maîtrise nationale des ressources.
Manganèse et Eramet Il maintient l’échéance de 2029 pour la transformation locale du manganèse. « Si rien n’est transformé en 2029, le manganèse ne sortira pas. » Mettre la pression sur Eramet et les partenaires industriels.
Relations avec la France Il confirme une visite d’État en France autour du 20 juillet et décrit une relation apaisée avec Paris. « Avec Paris, on n’a pas de problème. » Afficher une normalisation diplomatique avec la France.
Camp de Gaulle Il annonce que le camp rétrocédé au Gabon deviendra un centre de formation et portera un nom gabonais. « Le nom général de Gaulle ne va plus exister. » Marquer symboliquement la fin d’un héritage militaire colonial.
Migrants expulsés des États-Unis Il confirme avoir refusé d’accueillir au Gabon des migrants jugés illégaux par l’administration Trump. « Je ne les ai pas acceptés chez moi. » Affirmer une ligne rouge souverainiste face à Washington.
Affaire Bilie-By-Nze Il nie toute implication dans l’incarcération de l’ancien Premier ministre et renvoie le dossier à la justice. « Je n’ai rien à voir. C’est une affaire privée. » Désamorcer les accusations de persécution politique.
Accusations de Sylvia Bongo Il rejette les accusations de torture et réclame des preuves. « Je n’ai vu aucune preuve de torture. » Défendre l’image du pouvoir face aux plaintes déposées en France.
Ali Bongo Ondimba Il affirme n’avoir aucun problème avec l’ancien président, qu’il considère comme un ancien chef d’État libre de revenir. « Je n’ai pas de problème avec Ali Bongo Ndimba. » Distinguer Ali Bongo de son entourage familial visé par la justice.
Réseaux sociaux suspendus Il attribue la décision à la HAC et promet une réouverture après le passage du texte au Parlement. « Après que le Parlement se soit prononcé, nous allons ouvrir les réseaux sociaux. » Donner une perspective de sortie au blackout numérique.
Sanctions numériques Il annonce des amendes contre les atteintes à l’image et les dérives sur les réseaux sociaux. « Il y aura des amendes qui vont être infligées à ceux qui ternissent l’image des autres. » Préparer un encadrement légal plus répressif des usages numériques.
Limitation des mandats Il promet de respecter la Constitution et ses clauses d’intangibilité. « Je veux respecter ce que dit ma Constitution. » Se présenter comme garant de la rupture institutionnelle.
Succession familiale Il assure qu’il n’y aura pas de succession dynastique autour de sa famille. « Il n’y aura pas de dynastie oliguique. » Rompre symboliquement avec l’héritage politique des Bongo.

Mais Marc Perelman l’a vite ramené aux urgences du quotidien : l’eau et l’électricité. Sur ce terrain sensible, Oligui Nguema a reconnu une attente forte, tout en promettant des résultats à moyen terme. « J’ai ce problème à cœur et je n’oublie pas cette détresse des Gabonais. J’y pense tous les jours », a-t-il assuré, avant d’évoquer plus de 800 milliards de francs CFA investis dans des centrales thermiques, avec des livraisons attendues d’ici juillet 2027.

FMI, dette et chiffres qui fâchent

Sur l’accord attendu avec le Fonds monétaire international, le président gabonais s’est voulu catégorique : « Il y aura un accord avec le FMI et nous sommes prêts à signer un programme avec le FMI ». S’il n’a pas donné de date immédiate, il a expliqué le glissement du calendrier par sa demande d’audit de la dette publique. Selon lui, les chiffres présentés variaient fortement : « Pendant la transition, nous étions à 7 500 milliards de dettes. Et un peu avant la transition, on nous a présenté une dette à 8 milliards. Et après, un autre chiffre est apparu ».

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Le chef de l’État dit avoir voulu connaître « la réalité » avant de signer. « J’ai dit au FMI : je veux un audit de ces chiffres. Je veux la réalité pour savoir ce que moi je signe », a-t-il insisté. Sur les prévisions économiques plus prudentes de la Banque africaine de développement, qui contrastent avec les hypothèses de la loi de finances, Oligui Nguema a balayé l’argument statistique avec une formule héritée de l’ancien président Omar Bongo Ondimba : « Les chiffres ne nourrissent que ceux qui vivent avec les chiffres ». Et d’ajouter : « Moi, je vous rassure que mon économie se porte bien ».

Asala, Eramet, manganèse : la ligne dure de la souveraineté

Le cœur politique de l’entretien s’est ensuite déplacé vers la souveraineté économique. Pour Oligui Nguema, cette orientation n’est pas un slogan, mais un « challenge ». Il a cité le rachat d’Asala comme preuve de cette nouvelle doctrine. « Quand j’ai pris la décision de racheter une partie de notre pétrole, personne n’y croyait. Aujourd’hui, je peux vous dire qu’on a racheté Asala », a-t-il lancé, revendiquant une reprise en main nationale du secteur pétrolier.

Sur le manganèse, le ton s’est durci. Le président maintient son calendrier de transformation locale et refuse de laisser le Gabon continuer à exporter sa richesse brute sans valeur ajoutée. « On ne peut pas aujourd’hui accepter que le manganèse continue à sortir à l’état brut parce qu’on perd de la valeur monétairement », a-t-il martelé. Concernant Eramet, il affirme qu’un accord a été trouvé, avec l’appui d’Emmanuel Macron, mais prévient : « Je fais confiance, mais je ne changerai pas de dateline. On a dit 2029. Si rien n’est transformé en 2029, le manganèse ne sortira pas ».

Paris au beau fixe, camp de Gaulle bientôt rebaptisé

La relation avec la France a occupé une autre séquence forte. Oligui Nguema a confirmé sa visite d’État en France autour du 20 juillet : « Je suis attendu en France en visite d’État. Si je peux vous donner une date, c’est prévu dans la date du 20 juillet ». Le chef de l’État veut afficher une relation apaisée avec Paris, à rebours des tensions observées dans plusieurs pays africains.

Sur le plan militaire, il affirme que le retrait français du camp de Gaulle ne résulte pas d’une rupture imposée par Libreville. « C’est la France elle-même qui a demandé de se retirer du camp de Gaulle. Nous ne les avons pas chassés comme ailleurs », a-t-il précisé. Le site, déjà rétrocédé à la partie gabonaise selon lui, doit devenir un centre de formation et porter un nom gabonais. « Le nom général de Gaulle ne va plus exister. Ça rappelle des souvenirs de la coloniale », a-t-il glissé, dans une formule à forte portée symbolique.

Migrants expulsés des États-Unis : le non à Trump

L’interview a aussi permis d’aborder une demande sensible venue de Washington. Brice Clotaire Oligui Nguema a reconnu que l’administration Trump avait sollicité le Gabon pour accueillir des migrants considérés comme illégaux aux États-Unis. Mais il assure avoir opposé un refus net à cette requête.

« Le président Trump, c’est quelqu’un que j’aime beaucoup, que j’affectionne beaucoup et qui m’a reçu aux États-Unis. Je l’appelle souvent mon ami à la cravate rouge. Mais sur ce point, nous ne sommes pas tombés d’accord », a-t-il déclaré. Avant de trancher sans détour : « Je ne les ai pas acceptés chez moi. Je n’ai jamais signé cet accord. Et le Gabon n’est pas prêt à signer cet accord qui ne nous arrange pas ».

Bilie-By-Nze, Sylvia Bongo : le président se retranche derrière la justice

Sur l’incarcération d’Alain-Claude Bilie-By-Nze, ancien Premier ministre devenu opposant, Oligui Nguema a rejeté toute lecture politique du dossier. À ceux qui l’accusent d’être derrière cette procédure, il a répondu sèchement : « Ah bon ? Et vous y croyez ? ». Il a ensuite récusé toute implication personnelle : « Je n’ai rien à voir. C’est une affaire privée. Elle ne me concerne pas ». Le chef de l’État dit même compatir à la situation de celui qu’il présente comme un ami : « Ça me touche beaucoup ce qui lui arrive, surtout qu’au-delà des convictions politiques qui sont divergentes, il reste un ami ».

Même ligne de défense sur les accusations de torture formulées par Sylvia Bongo. Oligui Nguema renvoie à la justice et réclame des preuves. « J’ai vu tout ce qui a été dit, tout ce qui a été monté comme vidéo, mais je n’ai vu aucune preuve de torture », a-t-il affirmé. Puis il a durci le ton : « Quelqu’un qui a fait un coup d’État sans effusion de sang, qui n’a tué personne, ne va pas se mettre à torturer les gens ». Selon lui, les accusations relèvent d’une stratégie de pression : « Nous attendons la preuve. Mais pas du chantage comme ils veulent le faire ».

Réseaux sociaux : la réouverture promise, mais après le Parlement

La suspension des réseaux sociaux, en vigueur depuis février, a constitué l’un des passages les plus attendus de l’entretien. Brice Clotaire Oligui Nguema a d’abord pris soin de renvoyer la décision à la Haute autorité de la communication. « Les réseaux sociaux ont été suspendus, pas par l’exécutif. C’est la HAC, la Haute autorité de la communication, qui est une entité autonome et indépendante, qui a pris cette décision », a-t-il déclaré.

Le président a toutefois donné une perspective de sortie. Selon lui, les autorités mettent en place le cadre légal avant la levée de la mesure. « Après que le Parlement se soit prononcé, nous allons ouvrir les réseaux sociaux », a-t-il assuré. Il a aussi annoncé des sanctions contre les dérives : « Il y aura des amendes qui vont être infligées à ceux qui ternissent l’image des autres ». À la question de savoir s’il s’agit d’une chasse aux sorcières, il a répondu : « Non, ce n’est pas une chasse aux sorcières. Vous pouvez me croire ».

Ali Bongo libre de revenir, pas de « dynastie oliguique »

Sur Ali Bongo Ondimba, à qui un passeport diplomatique a récemment été délivré, Oligui Nguema a adopté un ton moins frontal. « Je n’ai pas de problème avec Ali Bongo Ondimba », a-t-il assuré, rappelant que l’ancien président avait été invité à la cérémonie organisée dans la salle de congrès portant le nom de son père, Omar Bongo Ondimba. « Ali Bongo Ondimba, pour moi, est considéré comme un ancien chef d’État », a-t-il ajouté, précisant qu’aucune plainte de l’État gabonais ne viserait actuellement l’ancien président.

Enfin, sur la limitation des mandats et le risque de reproduction dynastique, le président gabonais a voulu fermer la porte. Il a rappelé que la Constitution adoptée sous la transition contient des dispositions d’intangibilité et qu’elle empêche notamment une succession directe du fils d’un président à son père. À la formule de Marc Perelman sur une possible dynastie familiale, Oligui Nguema a répondu : « Il n’y aura pas de dynastie oliguique. Vous pouvez en être sûr ». Une promesse forte, dans un pays où l’histoire politique reste marquée par plus de cinq décennies de pouvoir familial des Bongo.

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