Gabon : La suspension du procureur Eddy Minang par le gouvernement vire à l’imbroglio juridico-administratif
C’est un véritable coup de tonnerre qui secoue l’appareil judiciaire de la capitale gabonais. Depuis le mardi 9 juin dernier, le parquet général près la Cour d’appel judiciaire de Libreville est privé de son titulaire, le Dr Eddy Narcisse Minang. Ce haut magistrat a été frappé par une mesure de suspension décidée par le ministre de la Justice, Augustin Émane. Pour pallier cette mise à l’écart soudaine, l’intérim a été immédiatement confié à Thalie Obone Nguema-Edjo, magistrate hors hiérarchie.
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Dans les heures qui ont suivi cette éviction surprise, la machine à rumeurs s’est rapidement emballée. Plusieurs indiscrétions ont d’abord lié cette décision à une supposée implication du procureur général dans de sombres affaires financières, évoquant des soupçons de rétrocommissions ou d’interférences dans des dossiers sensibles. Une mise à l’écart temporaire qui devait, selon ces bruits de couloir, permettre le bon déroulement d’une enquête ouverte par les services compétents.
Une simple mesure conservatoire selon la Chancellerie
Face à l’ampleur de la polémique et à la publication d’un article au vitriol intitulé « Suspension du procureur général Dr Eddy Narcisse Minang / Quand le droit est sacrifié sur l’autel de l’arbitraire » par la Presse judiciaire gabonaise ce jeudi, le garde des Sceaux est personnellement monté au créneau. Lors d’un échange téléphonique informel ce vendredi avec cette rédaction, Augustin Émane a tenu à désamorcer la crise en réfutant fermement les allégations de malversations financières qui circulaient sur les réseaux sociaux.
*Le ministre gabonais de la Justice à l’origine de la mesure*
Pour le ministre, l’acte administratif notifié le 10 juin ne doit en aucun cas être perçu comme une sanction disciplinaire, mais bien comme une stricte « mesure conservatoire » destinée à préserver le bon fonctionnement du service public. Il a par ailleurs assuré qu’aucune procédure n’était engagée contre le magistrat et qu’aucun passage devant le Conseil de discipline n’était prévu. Lors de cet entretien, l’ancien avocat a également pris le soin de réaffirmer son attachement à la liberté de la presse et au droit des journalistes de commenter l’actualité judiciaire.
La communauté juridique dénonce un passage en force
Cependant, ces explications ministérielles peinent à convaincre les professionnels du droit, qui dénoncent une violation flagrante des procédures légales. L’indignation est vive, notamment concernant l’usage expéditif de l’article 150 du Statut des magistrats. Les critiques pointent du doigt l’absence totale de consultation des chefs de juridiction supérieure et, plus grave encore, le contournement manifeste du secrétariat permanent du Conseil supérieur de la magistrature, organe pourtant garant de l’indépendance de l’institution.
*Le procureur général victime de la mesure controversée*
Au-delà de la confusion des rôles reprochée au ministre — qui a signé lui-même l’acte au lieu de laisser cette prérogative au secrétaire général de la Chancellerie —, c’est le déni des droits de la défense qui choque. Le procureur général suspendu n’a fait l’objet d’aucune audition préalable ni d’aucune demande d’explications. Une sanction tombée sans aucun débat contradictoire et qui reposerait, selon les défenseurs du magistrat, sur un vide factuel absolu, ses actions s’inscrivant dans le strict cadre des articles 374 du Code de procédure civile et 183 du Code pénal.
L’ironie d’un ministre pris à son propre piège
Pour de nombreux observateurs, cette affaire laisse un goût amer et jette un sérieux discrédit sur l’administration de la justice. Voir un ministre de la Justice, par ailleurs ancien avocat habitué aux prétoires, s’affranchir ainsi des garanties statutaires élémentaires de la magistrature suscite une profonde incompréhension.
En prononçant une mesure jugée arbitraire et disproportionnée au regard des faits, Augustin Émane a non seulement fragilisé la carrière et la réputation du Dr Eddy Narcisse Minang, mais il a également ébranlé la confiance des citoyens. Une maladresse procédurale qui rappelle cruellement que la justice se doit d’être irréprochable et exemplaire dans le respect absolu de ses propres textes.
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