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Inquiétudes

Hold-up sur l’ibogaïne : Le Gabon, grand perdant de la ruée scientifique vers son propre héritage spirituel ?

Hold-up sur l’ibogaïne : Le Gabon, grand perdant de la ruée scientifique vers son propre héritage spirituel ?
Hold-up sur l’ibogaïne : Le Gabon, grand perdant de la ruée scientifique vers son propre héritage spirituel ? © 2026 D.R./Info241

Avec le décret du président américain Donald Trump, pris le 18 avril dernier, autorisant le financement de la recherche sur l’ibogaïne, suscite de vives inquiétudes au Gabon, berceau de l’iboga. Dans une tribune libre intitulée « Ibogaïne : la science sans conscience n’est que ruine de l’âme », publiée ce vendredi 8 mai dans les colonnes du quotidien L’Union, maître Moubeyi-Bouale, directeur national de Maghanga Ma Nzambe, tire la sonnette d’alarme sur la marginalisation des communautés locales dans cette ruée scientifique.

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L’iboga n’est pas une simple ressource botanique pour le Gabon ; elle est une plante endémique au cœur des rites initiatiques du Bwete et de la médecine traditionnelle depuis des siècles. L’auteur souligne que l’engouement international pour cette molécule fait courir au pays le risque d’une « marginalisation du Gabon dans une chaîne de valeur qu’il a pourtant initiée ». Malgré la ratification du protocole de Nagoya en 2011, censé garantir le consentement préalable et le partage équitable des avantages, les garde-fous semblent aujourd’hui inefficaces face aux appétits extérieurs.

 Une réglementation nationale jugée excluante

Afin de combler le vide juridique qui laisse place à toutes les spéculations, le gouvernement gabonais a annoncé, lors du Conseil des ministres du 30 avril 2026, un projet de décret pour réglementer l’accès, l’exploitation et la commercialisation de l’iboga. Cependant, cette initiative étatique suscite une « déception réelle et mesurée » chez maître Moubeyi-Bouale et ses partenaires. Ayant pourtant participé activement aux discussions internationales à Denver et Aspen, ainsi qu’aux échanges avec l’organisation Americans for Ibogaine, l’auteur déplore une « insuffisante prise en considération des points de vue exprimés » lors de l’élaboration de ce texte.

Les arguments de maître Moubeyi-Bouale :

  Argument développé Citations extraites de sa tribune
Origine et valeur culturelle L’ibogaïne n’est pas une simple découverte médicale moderne, mais un héritage spirituel et thérapeutique profondément ancré dans les traditions gabonaises. « L’ibogaïne n’est pas une invention récente. Elle est issue de l’iboga, plante endémique du Gabon, qui est au cœur de plusieurs rites initiatiques, connue et utilisée dans le cadre de la médecine traditionnelle depuis des siècles par les communautés locales. »
Risque de spoliation Sans une réglementation stricte et protectrice, l’engouement mondial pour cette molécule risque de déposséder le pays de son propre patrimoine. « Mais, sans cadre structuré, cette dynamique peut conduire à une marginalisation du Gabon dans une chaîne de valeur qu’il a pourtant initiée. »
Critique de la méthode gouvernementale Le processus d’élaboration du projet de décret national est jugé flou, unilatéral et excluant pour les acteurs de terrain et les détenteurs du savoir. « Elle interroge d’abord sur la méthode : Peut-on solliciter un dialogue, recueillir des contributions substantielles, puis avancer sans en refléter l’esprit dans les initiatives mises en œuvre ? »
Respect des engagements internationaux Toute exploitation doit se plier aux exigences du protocole de Nagoya, ratifié par le pays, qui impose l’éthique et la réciprocité. « l’accès aux ressources génétiques et aux connaissances traditionnelles associées repose sur le consentement préalable en connaissance de cause et sur un partage juste et équitable des avantages. »
Place des communautés locales Les populations autochtones ne doivent pas être écartées des processus décisionnels ni des retombées économiques liées à l’exploitation de la ressource. « Enfin, elle interroge sur le respect dû aux communautés qui, loin d’être des acteurs périphériques, sont au cœur même de l’origine et de la compréhension de cette ressource. »
Souveraineté économique Le pays doit impérativement s’organiser pour tirer un profit juste et structuré de cette ressource, au lieu de la laisser aux mains d’intérêts extérieurs. « Construire une filière nationale structurée. Le développement d’une économie de l’iboga au Gabon constitue une condition essentielle de souveraineté et d’équilibre. »
Coopération et respect L’auteur ne rejette pas l’avancée scientifique internationale, mais exige qu’elle se fasse dans le respect mutuel et la considération des peuples impliqués. « Le Gabon ne veut pas perdre la sienne [son âme] et le respect demeure la première condition de toute coopération véritable. »

La tribune dénonce vivement la méthode employée, fustigeant « l’absence de cadre clairement partagé » et un manque de respect flagrant envers les communautés autochtones. Ces dernières, rappelle fermement l’auteur, « loin d’être des acteurs périphériques, sont au cœur même de l’origine et de la compréhension de cette ressource ». Cette mise à l’écart par les instances décisionnelles entretient un flou préjudiciable et altère la confiance indispensable entre l’État, les chercheurs internationaux et les gardiens de la tradition.

 Un appel à l’équité et à la souveraineté économique

Face à cette asymétrie, le directeur national de Maghanga Ma Nzambe ne se positionne nullement en opposant au progrès médical, mais exige une coopération équilibrée, strictement fondée sur l’éthique et la réciprocité. Il formule cinq orientations majeures pour corriger le tir, allant de l’association pleine et entière des parties prenantes légitimes à l’organisation d’un « partage équitable des bénéfices » qui doit retomber de manière concrète sur les communautés détentrices des savoirs.

L’objectif ultime est la construction d’une filière nationale structurée, érigée en « condition essentielle de souveraineté et d’équilibre » pour l’économie gabonaise. En reprenant à son compte la célèbre maxime de François Rabelais, maître Moubeyi-Bouale rappelle que « la science sans conscience n’est que ruine de l’âme ». Le Gabon tend la main à la communauté scientifique internationale, mais exige en retour la justesse et la reconnaissance, refusant que son héritage spirituel ne soit réduit à un simple enjeu commercial.

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