Oligui Nguema et le culte de la personnalité : grossier et dangereux pour les libertés fondamentales au Gabon

À l’approche de l’élection présidentielle gabonaise du 12 avril, les signes d’une mise en scène excessive autour du général-président Oligui Nguema inquiètent. Pour l’universitaire Jean Mariolle Kombila Yebe, historien des idées politiques, la glorification du chef de l’État en exercice flirte dangereusement avec le culte de la personnalité, une pratique ancienne aux relents autoritaires. Entre propagande, exaltation et vénération presque mystique, le risque est grand de voir les libertés fondamentales reculer au profit d’un pouvoir sans contrepoids. Lecture.

Le culte de la personnalité est un « phénomène où une personne, souvent un leader politique ou une figure publique, est exaltée de manière excessive et démesurée, souvent par la propagande, afin de lui attribuer des qualités exceptionnelles ou quasi-divines ». Dans l’Antiquité romaine, notamment sous L’Empire, les empereurs furent perçu non seulement comme des dirigeants politiques, mais aussi comme des figures divines.
Cela a commencé avec Auguste, le premier empereur romain, qui fonda l’Empire en 27 av. J-C. après avoir défait Antoine à Actium en 31 av. J-C-. Il installa alors habilement une campagne de propagande pour se présenter comme un restaurateur de la paix et de la prospérité après des décennies de guerre civile qui secouèrent la République (Frédéric Hurlet 2015, p. 286). Bien plus, Auguste a promu son image à travers des monuments, des pièces de monnaie et des statues.
Mais avec Caligula, Néron et Domitien, le « culte de la personnalité » prit parfois des dimensions plus extrêmes. Ils exigèrent, par exemple, une vénération de type divin de leur vivant. L’exemple le plus parlant est celui Caligula, pour avoir ordonné que sa statue soit installée dans les temples de tout l’Empire et exigea que les Romains le vénèrent comme un dieu (Kombila Yebe 2020, p. 188).
Aussi, est-il nécessaire de souligner qu’après la mort d’Alexandre le Grand en 323 av. J.-C., une forme de culte de la personnalité s’est développée autour de sa figure, bien qu’il ne fût pas toujours divinisé de son vivant, contrairement aux pratiques romaines. Cependant, après sa conquête massive de l’Empire perse et sa création d’un empire s’étendant de la Grèce à l’Inde, des statues et des représentations d’Alexandre ont été érigées dans tout l’empire. Certains royaumes hellénistiques ont proclamé sa divinité, et des temples ont été construits en son honneur.
Au Gabon, de nos jours, les choses se reproduisent, probablement à l’identique. En effet, depuis la prise du pouvoir par la force, Oligui Nguema pratique une propagande politique qui inquiète véritablement. La ville est à son effigie. À croire que le stalinisme renaît sous nos cieux. Le « bâtisseur libérateur », formule qui donne le souvenir des premières années de Staline en 1928 lorsqu’il succéda à Lénine au pouvoir, peut donner lieu à un pouvoir abusif et sans limite.
Les différentes sorties médiatiques des partisans du général président laissent planer une déification qui fragilise les raisons du coup d’Etat du 30 août. Les discours identitaires, notamment celui du très opportuniste Marc Ona Essangui à l’occasion du rassemblement du Woleu-Ntem pour dire oui à Oligui et au Référendum, n’a pas manqué de mettre à jour le culte du général non sans avoir une attitude tribale/iste.
Ce phénomène peut devenir grossier et dangereux pour les libertés fondamentales. Récemment, l’association des pasteurs, a proclamé sans gêne morale, soutenir Oligui Nguema, , pour reprendre le propos d’un pasteur présent à cette occasion. C’est gênant.
Faites attention !
Jean-Mariole Kombila Yebe
Docteur en Histoire
Historien des Idées politiques ( Monde antique et contemporain).
Membre de l’association des historiens de La Sorbonne
Membre de l’association des historiens du Québec
Maitre-Assistant Cames
Enseignant-Chercheur permanent à l’Université Omar Bongo
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