Sans un mot pour les syndicalistes jetés en prison, Camelia Leclercq appelle les « patriotes » à sauver l’année
La ministre gabonaise de l’Éducation nationale, Camélia Ntoutoume Leclercq, est sortie de sa réserve ce dimanche soir, à la veille de la reprise des cours annoncée par le gouvernement. Dans une déclaration solennelle publiée sur Facebook et les médias publics, elle a appelé les enseignants, les parents et les élèves à regagner les salles de classe dès ce lundi 26 janvier, au nom du « patriotisme » et de la sauvegarde de l’année scolaire. Un message volontariste, rythmé par une série de chiffres sur les régularisations administratives en cours, mais marqué aussi par une absence remarquée : aucune évocation des syndicalistes incarcérés, pourtant devenus un point central du bras de fer social.
-
La membre du gouvernement a justifié son intervention par la nécessité de « faire un point » sur les travaux de la commission tripartite chargée du traitement des dossiers et revendications du secteur. « Le ministère de l’Éducation nationale a toujours été ouvert au dialogue (…) et a toujours prôné l’inclusion », a-t-elle assuré, rappelant que les discussions ont été conduites sous la coordination du vice-président du gouvernement, sur « très hautes instructions » du chef de l’État. « Les réclamations des enseignants sont légitimes », a-t-elle reconnu, tout en appelant à un retour progressif à la normale.
Des chiffres brandis pour prouver « l’effort » du gouvernement
Au cœur de son plaidoyer, Camélia Ntoutoume Leclercq a déroulé un inventaire chiffré des prises en compte déjà réalisées. Elle annonce notamment 328 mises en solde de sortants École et SN7 (100 %) , 692 mises en pré-salaire des sortants Émile et Enif (100 %), 108 mises en pré-salaire des enseignants de matières scientifiques (100 %) , ainsi que 1 810 mises en pré-salaire d’enseignants bénévoles postulant à la fonction enseignante (100 %) . Sur la régularisation des situations administratives (titularisations, avancements automatiques, reclassements après stage), la ministre fait état de 4 000 dossiers traités sur 6 574 , soit 60,85 %.
La déclaration de la ministre
Elle a aussi tenté d’inscrire cette dynamique dans le temps, en comparant 2024, 2025 et 2026 : 173 intégrations en pré-salaire en 2024, 553 en 2025 ; 125 régularisations en 2024 et 2 094 en 2025 , soit « plus de 2 900 agents » régularisés sur la période. Pour 2026, la ministre projette 348 mises en solde , 2 610 créations de pré-salaires et 4 000 régularisations , annonçant un total de 9 903 agents dont la situation administrative devrait évoluer sur trois ans.
L’argument du calendrier scolaire et la pression sur les familles
Mais c’est sur le terrain de l’urgence scolaire que la ministre a voulu frapper fort. Elle affirme que le programme annuel est fixé à 33 semaines, et que trois semaines ont déjà été perdues , faisant basculer le système à 30 semaines de cours . « L’UNESCO nous recommande 32 semaines. Au fur et à mesure que la reprise ne sera pas totale, nous allons rentrer dans la phase critique », a-t-elle averti, s’adressant directement aux familles et aux élèves.
Dans une tonalité plus personnelle, la ministre gabonaise de Camélia Ntoutoume Leclercq a insisté sur le risque pour les candidats aux examens, en particulier le baccalauréat. « Nous sommes en train de compromettre leur préinscription dans les grandes écoles et universités à travers le monde », a-t-elle lancé, appelant les parents à « envoyer les enfants dès demain » à l’école. Elle a également dénoncé une stratégie de contournement attribuée à certains enseignants : « Il nous revient que certains enseignants vous envoient des messages vous demandant de rester à la maison pendant que, eux, ils sont présents », a-t-elle affirmé.
« Vous n’êtes pas des traîtres » : la ministre tend la main aux enseignants
S’adressant enfin au corps enseignant, la ministre a cherché à rassurer ceux qui hésitent à reprendre par crainte d’être stigmatisés. « Beaucoup d’entre vous (…) nous ont dit : nous avons peur de venir à l’école, de peur d’être taxés, de traités de traîtres. Vous n’êtes pas des traîtres, vous êtes des patriotes », a-t-elle déclaré, avant de promettre la poursuite du dialogue avec « toutes les tendances » disposées à s’asseoir à la table des négociations.
Reste que cet appel au « sursaut patriotique » intervient dans un climat de crispation où l’incarcération de plusieurs figures syndicales alimente la défiance et nourrit la colère d’une partie de la base enseignante. En choisissant de mettre en avant l’effort administratif et la pression du calendrier, sans un mot sur ce front judiciaire, le gouvernement assume une ligne : celle d’une reprise des cours présentée comme prioritaire, même si la crise sociale, elle, demeure entière.
@info241.com
-


