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Gabon : SOS Éducation dit non à la reprise, le gouvernement brandit des inspections de contrôle

Gabon : SOS Éducation dit non à la reprise, le gouvernement brandit des inspections de contrôle
Gabon : SOS Éducation dit non à la reprise, le gouvernement brandit des inspections de contrôle © 2026 D.R./Info241

À l’issue d’une assemblée générale tenue ce samedi 17 janvier sur le terrain de basket d’Awendjé, à Libreville, les membres du collectif SOS Éducation ont décidé à l’unanimité de poursuivre la grève engagée le 5 janvier. Malgré les annonces du gouvernement et le déploiement annoncé de missions d’inspection dans les établissements publics, les enseignants réunis au sein du collectif disent rester sur une ligne de « tout ou rien ».

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Pour Antoine Obame Nguema, enseignant de français, la décision ne souffre d’aucune ambiguïté : « La grève se poursuit tant que nous n’aurons pas obtenu satisfaction. Ce problème dure depuis des années. Il n’est pas politique, car l’administration est une continuité. Même si un président s’en va et qu’un autre arrive, nous lui avons accordé un moratoire de deux ans . » Même son de cloche chez Ghislain Davy Motongo, du lycée Jean-Hilaire Obame Eyeghe, qui insiste sur le caractère strictement professionnel des revendications : « Nous demandons la valorisation du métier d’enseignant. Cela passe par la régularisation de nos situations administratives, avec un effet solde immédiat. »

 Le gouvernement met en avant les décisions de la tripartite

Face à cette détermination, le gouvernement n’a pas attendu l’AG de samedi et rappelle les conclusions de la commission tripartite interministérielle (Éducation, Budget, Fonction publique), clôturée le 14 janvier sous la présidence du vice-président du gouvernement. À cette occasion, la ministre de l’Éducation nationale, Camélia Ntoutoume Leclercq, a détaillé une série de mesures censées répondre à une partie des revendications du front social enseignant.

Une autre vue de l’AG d’hier

Le gouvernement a notamment acté : la mise en solde de 328 sortants de l’ENS et de l’ENSET ; la mise en présalaire de 692 sortants des écoles ENIL et ENIF ; la mise en présalaire de 108 enseignants de matières scientifiques ; et celle de 1 810 enseignants jusque-là qualifiés de « bénévole s ». Parallèlement, 4 000 situations administratives (titularisations, avancements automatiques, reclassements après stage) doivent être régularisées sur un total de 6 574 dossiers codifiés à la Fonction publique.

Ces mesures, qui doivent entrer progressivement en vigueur à partir de février 2026 et être étendues à d’autres corps de l’administration, sont présentées par le ministère comme un « effort inédit » en faveur de l’école publique. Un comité de suivi et d’évaluation a été mis en place pour en contrôler l’application. En creux, le gouvernement martèle qu’il a « tendu la main  » et appelle à la reprise des cours.

 Des missions d’inspection qui mettent le feu aux poudres

C’est dans ce contexte que le ministère a décidé de dépêcher, dès lundi, des missions d’inspection chargées de vérifier l’effectivité de la reprise des cours dans les établissements publics. Une note de mission a été adressée à l’Inspection générale des services et aux autorités de tutelle pour encadrer cette opération sur l’ensemble du territoire.

Un bras de fer qui se poursuit

Officiellement, il s’agit, pour le gouvernement, de s’assurer du respect du service public d’éducation et de disposer d’un état des lieux précis, établissement par établissement, de la situation à la rentrée de la semaine. Dans les faits, cette initiative est vécue comme une provocation par les grévistes, qui y voient un outil de pression et de possible sanction plutôt qu’un levier de dialogue.

 SOS Éducation dénonce une « inversion des responsabilités »

Dans une « note de positionnement  » adressée en reponse vendredi à l’Inspection générale des services et aux autorités de tutelle, le collectif SOS ÉDUCATION « la base » dit son « indignation la plus vive  » face à cette démarche. Selon le texte, il est « paradoxal et profondément méprisant » de déployer des inspections pour constater l’absence de cours alors que les causes de la paralysie du système éducatif sont « parfaitement connues et documentées  » : précarité administrative et financière de milliers d’enseignants, retards chroniques d’intégration, de titularisation et de rappels de solde, absence de dialogue social sincère, dégradation des conditions matérielles et morales d’exercice du métier.

La note estime que l’on cherche « à surveiller, culpabiliser et éventuellement sanctionner les enseignants plutôt qu’à s’attaquer aux racines du mal » et juge que cette posture renforce «  le sentiment d’un profond mépris envers le corps enseignant  ». Pour le collectif, «  la continuité du service public d’éducation ne saurait être exigée indéfiniment sur la base de la précarité, de l’injustice et du mépris » : « On ne contrôle efficacement que ce que l’on n’a pas soi-même saboté.  »

 Des revendications désormais qualifiées de « non négociables »

SOS ÉDUCATION « la base » rappelle que ses revendications restent « inchangées, légitimes et non négociables ». Parmi elles : l’arrêt immédiat de toute forme de précarisation des enseignants ; la régularisation urgente et effective de toutes les situations administratives avec effet solde rétroactif ; la mise en solde immédiate des 900 enseignants scientifiques et de l’ensemble des sortants des écoles de formation (ENIL, ENIF, ENS, ENSET), ainsi que des documentalistes et « bénévoles » du public comme du confessionnel ; la suppression définitive du pré-salaire, la revalorisation des primes (logement, transport, craie, éloignement), le paiement des rappels de solde et des vacations dues, et une amélioration durable des conditions de travail et de vie.

Pour le collectif, la priorité du moment n’est pas de multiplier les contrôles, mais de poser des « actes concrets et immédiats », avec des engagements « écrits, datés, chiffrés et vérifiables », dans le cadre d’un « dialogue franc, inclusif et respectueux de la base  ». Les enseignants se définissent non comme des « perturbateurs », mais comme « le dernier rempart de l’école », malgré l’abandon et les sacrifices répétés.

 Un bras de fer appelé à durer

Au terme de leur assemblée générale, les grévistes ont donc acté la poursuite du mouvement « jusqu’à satisfaction totale » de leurs revendications : « Cette fois-ci, tout ou rien  », ont-ils lancé, écartant toute reprise des cours sans avancées jugées substantielles.

En face, le gouvernement oppose des mesures chiffrées, un calendrier et des inspections, convaincu d’avoir apporté des réponses suffisantes pour justifier un retour en classe. Entre une base enseignante qui se dit à bout et un exécutif soucieux d’afficher la reprise du service public, le bras de fer entre dans une phase plus politique que technique.

À court terme, les premiers rapports des missions d’inspection et l’éventuelle ouverture d’un nouveau cycle de discussions diront si l’école gabonaise s’achemine vers un déblocage progressif… ou vers un enlisement social aux lourdes conséquences pour l’année scolaire.

@info241.com
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