Front social

Port-Gentil : Les taximen en guerre contre la blouse municipale et la concurrence déloyale des clandos

Port-Gentil : Les taximen en guerre contre la blouse municipale et la concurrence déloyale des clandos
Port-Gentil : Les taximen en guerre contre la blouse municipale et la concurrence déloyale des clandos © 2026 D.R./Info241

Le climat social se tend dans le secteur des transports de la capitale économique. Réunis en Assemblée générale ce mercredi 28 janvier au carrefour Centre Social, les taximen affiliés à la Fédération gabonaise des syndicats des transporteurs et assimilés (FEGASTA) ont lancé un ultimatum à la municipalité. Au cœur de la colère : le refus du port de la blouse municipale, la concurrence jugée déloyale des clandos, la question du stationnement aux abords des marchés, ainsi que l’embarquement et le débarquement des clients

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Objectif affiché : assainir le secteur pour le rendre plus professionnel. Les participants ont également appelé à une meilleure organisation urbaine du transport, dans une ville où les points de prise en charge se multiplient sans encadrement clair et où les tensions avec la Police municipale restent récurrentes.

Blouse municipale, la goutte de trop

L’un des principaux points de crispation concerne l’obligation, récemment imposée, de porter une blouse professionnelle bleue à l’effigie de la municipalité. Les taximen dénoncent une mesure qu’ils jugent arbitraire, décidée par la délégation spéciale sans concertation préalable, coûteuse et insuffisamment expliquée.

Une autre vue de cette AG

Ils contestent notamment l’obligation d’acheter deux blouses à prix fixe (16 000 FCFA l’unité) auprès d’un fournisseur unique, une disposition qui alimente des interrogations sur l’usage des sommes collectées et sur la finalité de la décision. Pour eux, le port d’une tenue ne devrait pas constituer une charge supplémentaire, mais relever d’une démarche de professionnalisation « réelle et valorisante ».

Menace de paralysie

« Nous avons eu un souci avec le délégué spécial sur le port de la blouse. La base s’insurge et dit que le maire élu ne peut faire en sorte que cette blouse existe. Ils ont été clairs : si le maire veut aussi imposer la blouse, la ville sera paralysée. Mais nous n’arriverons pas là, parce qu’on pense que le maire comprendra le bien-fondé de surseoir cet arrêté  », a déclaré le secrétaire provincial de la FEGASTA, Cédric Nkoghet.

Les leaders syndicaux

En filigrane, les syndicalistes réclament une concertation formelle avant toute décision touchant aux conditions d’exercice. Ils estiment que la professionnalisation ne peut pas se résumer à une tenue imposée, mais doit s’accompagner d’un cadre cohérent et de mesures d’appui.

Clandos, la concurrence dénoncée

Autre sujet central abordé lors de cette AG : la concurrence jugée injuste des taxis informels, appelés localement clandos. Ces véhicules, souvent sans immatriculation, proposent des trajets à bas prix et exercent une pression directe sur les taximen réguliers, astreints aux obligations légales (assurance, permis, taxes, etc.).

Les chauffeurs dénoncent notamment des tarifs cassés qui leur font perdre une partie de la clientèle, l’absence de contrôle strict sur l’état technique et la sécurité des véhicules, ainsi qu’un manque d’application des règles par les autorités, ce qui fragilise l’ensemble du secteur.

Bras de fer sur les taxes

Cette concurrence informelle nourrit un sentiment d’injustice sociale et économique. « Il y a un point très important : la concurrence déloyale encouragée par la municipalité, c’est l’affaire des clandos. Si tout le monde peut faire clando à Port-Gentil, qu’on ne nous demande pas à nous, taximen, de payer des taxes. On paye pour exercer sur le périmètre communal et il n’est pas question que le maire ne fasse rien quand chacun décide de faire clando. Que le maire prenne ses responsabilités parce que cette année, ce qui a été décidé, c’est que nous ne payerons aucune patente, aucun agrément, si cette situation n’est pas résolue », a prévenu la FEGASTA.

Les taximen demandent ainsi une uniformisation des règles et des contrôles effectifs. À leurs yeux, l’inaction face à l’informel revient à « pénaliser ceux qui respectent la loi  » et à fragiliser durablement la viabilité économique du secteur.

Marchés, stationnement anarchique

Le stationnement autour des grands marchés, notamment à Grand-Village, a également été pointé comme une source majeure de tensions. Faute de zones dédiées et de contrôle efficace, de nombreux véhicules stationnent de manière anarchique, entravant la circulation et multipliant les frictions avec commerçants, usagers et services municipaux.

Cette situation génère des embouteillages persistants dans les zones d’activité commerciale, accentue la concurrence entre chauffeurs pour capter la clientèle — parfois au détriment de la sécurité routière — et pénalise certains conducteurs qui peinent à accéder aux emplacements les plus attractifs.

zones d’embarquement réclamées

« Nous avons vu qu’il a dégagé les marchés, sauf qu’il reste un véritable problème : celui du stationnement des transporteurs. Nous sommes traqués par la Police municipale et donc il faut qu’il détermine les zones d’embarquement et de débarquement de la clientèle, au risque que cela cause un litige entre la municipalité et les transporteurs que nous représentons », a proposé Cédric Nkoghet.

La question se pose aussi au marché de la Balise, où l’embarquement et le débarquement se font souvent dans un désordre dénoncé par les usagers. Aux heures de pointe, les files de véhicules ralentissent la circulation et exacerbent les tensions entre conducteurs concurrents.

Pagaille aux points stratégiques

Les ronds-points et carrefours stratégiques, où chacun tente de servir en premier, concentrent régulièrement les frictions. Sans cadre réglementaire clair ni aménagements adaptés, ces espaces deviennent le théâtre d’une concurrence parfois agressive, voire dangereuse. Le cas du camp Boireau est cité comme une illustration.

« Nous avons discuté avec la base et nous pensons que le maire pourra comprendre la nécessité d’imposer des règles afin que le désordre ne soit plus visible  », a ajouté Cédric Nkoghet, insistant sur l’urgence d’une organisation durable des points de prise en charge.

Appel au dialogue avec la mairie

Au terme de l’assemblée, la FEGASTA a dressé le portrait d’un secteur sous tension, pris entre volonté de professionnalisation, pression de l’informel, contraintes financières et insuffisance d’organisation urbaine. Les taximen réclament notamment une concertation régulière avec la mairie, une régulation renforcée contre la concurrence illégale, une clarification des zones de stationnement, d’embarquement et de débarquement, ainsi que des mesures d’accompagnement à la professionnalisation, sans charges jugées injustifiées.

Les responsables affirment avoir déjà saisi le cabinet du maire et se disent disposés au dialogue. « Nous sommes en bonne collaboration avec les autorités municipales. Maintenant, on attend que le maire nous réponde pour discuter avec lui », a réaffirmé le fédéral Awale.

@info241.com
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