Gabon : Un brigadier victime de harcèlement sexuel balance tout, la police nie tout et contre-attaque
La polémique autour des Forces de police nationale (FPN) du Gabon après la diffusion, dimanche, d’une interview d’une quarantaine de minutes devenue virale sur les réseaux sociaux. Dans cette vidéo, un brigadier-chef-major affirme être victime d’une mise à l’écart administrative et d’un acharnement disciplinaire depuis 2019. Ce lundi 19 janvier, la hiérarchie policière gabonaise a réagi par communiqué, contestant la version de l’intéressé, le présentant comme « régulièrement radié » et évoquant un dossier « très lourd au pénal ».
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Accusations de harcèlement et radiation contestée : deux versions qui s’opposent
Haardry Gaël Moulou Mighindi est-il un menteur ou la police gabonaise tente-t-elle d’étouffer un scandale de radiation sur fond d’accusations de harcèlement sexuel ? Pour l’heure, impossible de trancher. L’ancien fonctionnaire de police a accordé, dimanche, une interview à Gabon Media Time (GMT), au cours de laquelle il met en cause l’institution et certaines figures de la hiérarchie.
L’interview de l’ex brigadier
Dans un récit très accusateur, il affirme être toujours promu par décret présidentiel, encore en uniforme, et n’avoir jamais fait l’objet d’une radiation régulière au regard des textes en vigueur. Pourtant, soutient-il, son salaire aurait été suspendu depuis 2019, le plongeant dans une précarité durable. « Je ne suis pas un radié, je suis une victime », martèle l’intéressé, qui affirme avoir multiplié les démarches administratives, sans succès, après « plus de quarante courriers » restés, selon lui, lettre morte.
« Représailles » et épisode dramatique impliquant sa compagne
Au cœur de ses déclarations figure une accusation lourde : le brigadier soutient que ses difficultés auraient commencé en 2019, après le refus d’une tentative de chantage sexuel qu’il attribue à son supérieur hiérarchique direct de l’époque, Michel Bibe Bi Nzeng, alors colonel. Selon lui, ce refus aurait déclenché une série de représailles : suspension de solde, isolement, poursuites internes, et procédures qu’il juge irrégulières. Il affirme par ailleurs détenir des preuves audio à l’appui de ses accusations, des éléments qui, d’après lui, n’auraient jamais été examinés publiquement par une autorité indépendante.
La contre-attaque de la police
Plus grave encore, il évoque un épisode dramatique impliquant sa compagne, enceinte de sept mois, interpellée sur son lieu de travail par des agents de l’Inspection générale. L’intervention, décrit-il, aurait été menée par des agents « lourdement armés », et le choc aurait entraîné la perte de l’enfant au sein même des locaux de l’Inspection générale. À ce stade, aucune enquête officiellement documentée n’est mentionnée dans les informations disponibles, et les responsabilités alléguées ne sont pas établies publiquement.
Un arrêté de radiation « introuvable » et une procédure contestée
Autre point central : l’existence d’un arrêté de radiation, cité par l’administration, mais contesté par le brigadier. Il affirme que l’arrêté n°059 invoqué contre lui serait introuvable dans certaines archives, et que des incohérences subsisteraient autour de la procédure disciplinaire, notamment l’absence alléguée de conseil de discipline.
S’appuyant sur le cadre statutaire des FPN, il estime qu’en l’absence de notification régulière, il conserverait certains droits liés à sa qualité d’agent. Il dénonce également l’existence d’un réseau d’influence au sein des ressources humaines, capable, selon lui, de maintenir un policier dans une « zone grise » juridique.
La riposte officielle des FPN : « régulièrement radié » et condamnation évoquée
Face à l’ampleur prise par la vidéo, les Forces de police nationale ont publié un communiqué, lu sur les chaînes de télévision publiques par le colonel Mamboundou Mbadinga, inspecteur technique des services adjoints des FPN. La Police nationale y affirme que l’intéressé a été régulièrement radié des effectifs et présente son dossier disciplinaire comme « très lourd au pénal ».
Le communiqué indique notamment que l’ancien policier aurait été condamné à 12 mois d’emprisonnement ferme pour des faits de viol , extorsion de fonds, ainsi que violences et voies de fait . La Police nationale ne détaille toutefois pas, dans la synthèse rendue publique, les circonstances, la date du jugement ni la juridiction ayant statué.
Menace de poursuites et mise en cause du média
Les FPN assurent se réserver le droit d’engager des poursuites contre l’intéressé, au titre de l’ article 282 du Code pénal relatif à la dénonciation calomnieuse, estimant que les accusations portées publiquement portent atteinte à l’institution. Dans le même communiqué, la Police nationale critique également le média ayant relayé les déclarations, lui reprochant un manque de recoupement et rappelant les exigences du Code de la communication et de la déontologie journalistique en matière de vérification.
La hiérarchie policière réaffirme sa volonté de défendre l’intégrité de l’institution et de préserver son image. De son côté, le brigadier-chef-major dit vouloir maintenir la pression en sollicitant une intervention au plus haut niveau. Au-delà du duel de versions, cette affaire met en lumière les tensions persistantes autour de la transparence disciplinaire, de la protection des agents et de la responsabilité au sein des forces de sécurité.
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